|
Q. M.
Pierre Cardo
appelle l'attention de Mme la secrétaire
d'État chargée de la solidarité sur la situation des
personnes handicapées, bénéficiaires de l'allocation aux adultes
handicapés qui, vivant en couple, reprennent
une activité salariée.
Alors
même que l'AAH est une allocation destinée à compenser un handicap
reconnu, cette même allocation est plafonnée, voire annulée en cas
de reprise d'activité à partir d'un certain niveau de revenu du
couple. Il apparaît ainsi qu'une personne handicapée peut voir son
AAH réduite en raison des revenus de son conjoint non
handicapé. Il lui demande de lui indiquer les mesures qu'elle entend
proposer, afin que l'AAH soit effectivement une allocation compensatrice
d'un handicap versée à la personne handicapée, indépendamment du
niveau de ressources du conjoint non handicapé
.
|
|
R. L'attention
de Mme la secrétaire d'État à la solidarité a été appelée sur les
difficultés que rencontrent au quotidien les personnes handicapées
et leur famille, eu égard aux conditions d'attribution de l'allocation
aux adultes handicapées, du complément de ressources et de la CMU
complémentaire.
Dans
le cadre de la loi du 11 février 2005, le Gouvernement a porté une
attention particulière à la situation des personnes handicapées,
afin d'améliorer leurs conditions et leur qualité de vie. Cependant,
malgré les avancées significatives apportées par cette loi, force
est de constater aujourd'hui que le niveau
des ressources des personnes handicapées reste insuffisant pour
leur permettre de vivre décemment et de façon autonome.
C'est pourquoi le Président de la République s'est engagé à revaloriser
l'allocation aux adultes handicapées (AAH) de 25 % d'ici à 2012.
Cette augmentation, sans précédent, est un signe fort du chef de
l'État aux personnes handicapées, qui va bien au-delà d'une simple
revalorisation liée à l'inflation. Elle constitue une réponse alternative
forte à leurs aspirations de voir créer un revenu minimum d'existence.
Cependant, étant donné les effets négatifs qu'induit la création
d'un revenu d'existence pour nombre de personnes handicapées, selon
les simulations réalisées par la direction de la recherche, des
études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) dans le cadre
des travaux préparatoires à la conférence nationale du handicap,
cette demande n'a pas été suivie. Aujourd'hui, la
volonté du Président de la République est d'assurer aux personnes
handicapées des ressources décentes pour vivre. C'est
pourquoi il a annoncé le 10 juin 2008, lors de la conférence nationale
du handicap, que l'AAH allait être réformée pour qu'elle remplisse
effectivement les deux missions qui sont les siennes : être un tremplin
vers l'emploi pour les personnes handicapées qui peuvent travailler
et garantir un revenu minimum pour celles qui sont momentanément
ou définitivement éloignées de l'emploi.
Ainsi,
pour faciliter l'accès à l'emploi des personnes handicapées qui
peuvent travailler, trois mesures vont être mises en oeuvre.
- Tout
d'abord, un bilan professionnel sera désormais systématiquement
réalisé lors de l'instruction de toute demande d'AAH grâce à un
nouvel outil, en cours d'élaboration, qui permettra de mesurer
les possibilités ce chacun d'accéder à un emploi.
- De
plus, lorsque la personne sera considérée en capacité d'aller
vers l'emploi, en milieu protégé ou ordinaire, elle se verra automatiquement
reconnaître la qualité de travailleur handicapé.
- Enfin,
les mécanismes de cumul entre AAH et salaire seront simplifiés
:
- les
ressources seront déclarées chaque trimestre afin que l'allocation
s'ajuste plus rapidement à l'évolution de la situation du
bénéficiaire ;
-
l'allocation pourra être cumulée de façon intégrale à un salaire
pendant les six premiers mois suivant l'accès à l'emploi ;
- après
cette période, les personnes handicapées pourront cumulées
de façon pérenne leur salaire et une AAH partielle, calculée
en fonction d'un abattement unique sur les revenus d'activité
(80 % en deçà de 0,4 SMIC et 40 % au-delà).
Pour
garantir aux personnes qui sont dans l'incapacité complète (temporaire
ou définitive) de travailler et afin qu'ils aient les moyens de
mener une vie autonome, le Gouvernement entend également réformer
les compléments de l'AAH (majoration pour la vie autonome
et complément de ressources) afin qu'ils viennent en priorité compléter
leurs revenus.
Enfin,
s'agissant du désir de certaines personnes
handicapées et d'associations de voir supprimée la prise en compte
des ressources du conjoint, concubin ou partenaire de
pacte civil de solidarité pour le calcul du montant de l'AAH, le
Gouvernement a clairement entendu leur revendication.
Ainsi
à la différence d'autres revenus sociaux, le
plafond annuel de ressources conditionnant l'attribution de l'AAH,
qui est de 7 831,20 euros pour une personne seule, est doublé dans
le cas d'une personne vivant en couple (mariée, vivant
en concubinage ou liée par un PACS), atteignant un montant de 15
668,40 euros au le septembre 2008.
En
ce sens, après avoir sérieusement examiné la
proposition de suppression de la prise en compte des ressources
du conjoint, le Gouvernement ne souhaite pas lui donner de suite
favorable, compte tenu des conséquences financières qu'elle aurait
sur bon nombre de foyers. En effet, la non prise en compte
de ces revenus aboutirait logiquement à la suppression du doublement
du plafond de ressources applicable pour une personne isolée. 60
% des couples avec enfants et 80 % des familles monoparentales verraient
alors leurs ressources diminuer fortement (en moyenne 260 EUR par
mois) .
|