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Citoyenneté
De la parité en politique
PACS

FAVORISER LA CITOYENNETÉ

Appartenance et Citoyenneté

Si la citoyenneté signifie pour nombre d’entre nous le respect par l’individu des règles de «notre société », il est moins évident qu’elle nous fasse réaliser d’emblée que c’est aussi un comportement lié très intimement au sentiment d’appartenance à une société ou un groupe social.

Ce sentiment d’appartenance essentiel au «comportement citoyen», n’existera que sI l’individu participant à la vie du groupe reçoit en contre partie sa rétribution, à savoir ses droits.

D’où dans nos quartiers en difficulté l’apparition de zones de non droit qui ne sont en réalité que le résultat de l’incapacité de notre société à s’approprier une partie de la population qui s’est en conséquence constituée en un autre groupe social.

Développer la citoyenneté ne sera donc pas seulement une action visant à éduquer le jeune ou l’adulte en lui inculquant les règles de la société, mais ce sera surtout veiller à favoriser son sentiment d’appartenance en luttant à la fois contre des situations d’oppression (plus de devoirs que de droits) ou celles d’assistanat (plus de droits que de devoirs).

 

Développer le sentiment d’appartenance

Ce sentiment essentiel à la réussite d’une politique que certains qualifieront «d’intégration », est ce qui m’est apparu en tant que maire de Chanteloup-les-Vignes (mosaïque de 63 ethnies), la priorité à développer dans la politique municipale.

Les demandes exprimées par les différentes communautés, qu’elles soient ethniques de quartier, d’âge, d’intérêt, ne m’ont pas paru devoir être interprétées comme des revendications émanant de contre pouvoir potentiels mais plutôt comme l’expression d’une volonté de prise en charge d’une partie de la vie locale par des habitants en quête de citoyenneté.

Il s’agissait dès lors d’éviter le développement trop fort des communautarismes pouvant aller à l’encontre de l’appartenance à la communauté de ville par le cloisonnement qu’elle provoque souvent.

Comme il était aussi important de favoriser la reconnaissance de la culture et de l’approche de chacun des groupes afin qu’ils soient convaincus d’appartenir à la société chantelouvaise, contribuant ainsi à sa construction et à sa défense.

C’est dans cette logique qu’apparaîtront sur Chanteloup des dizaines d’associations issues des demandes de la population. Demandes spontanées pour certaines, parce que les individus leaders avaient la maturité leur permettant de penser, puis de mettre en œuvre, après négociation et appui de la ville, leur projet. Demandes dont l’émergence fut favorisée puis accompagnée, pour d’autres, par des acteurs sociaux chargés de faire émerger des besoins et les usagers susceptibles d’en prendre en charge la réponse. L’appropriation du projet se faisant alors au cours de sa mise en œuvre souvent par une professionnalisation des usagers devenant acteurs.

C’est dans cette logique que peut se mettre en pratique un autre principe de l’action locale qui consiste à remplacer le «faire pour » (politique d’assistance : des droits, peu de devoirs) par le «faire avec » la population. Dans ce cas l’habitant devient acteur de la construction de la citoyenneté par sa responsabilisation dans le processus (équilibre des droits et des devoirs).

Cependant nos quartiers «dits en difficulté» notamment, ayant subi depuis plusieurs années, voir décennies, une forte paupérisation, cette politique «d’intégration» ne suffira pas et doit s’accompagner d’une politique volontariste de lutte contre l’exclusion. Je m’en explique.

Tous les habitants n’ont pas, peu s’en faut, la capacité à devenir autonome, surtout du jour au lendemain par leur simple responsabilisation. Il faut assez longtemps à notre société pour «fabriquer» un exclu, mais dans l’autre sens, le chemin de l’intégration à la communauté ou à la société est au moins aussi long.

Pour ceux là, une politique vigoureuse et novatrice de la commune et des institutions est nécessaire afin de leur donner le minimum de moyens et des droits auxquels ils ne peuvent arriver seuls.

 

Développer les moyens et les droits

C’est avant tout développer la qualité du service public, faire en sorte qu’il soit adapté à la population et non pas qu’il exige l’inverse.

Pour la petite enfance, par exemple, il s’agira de développer des structures d’accueil qui mixent la population en autorisant par leur politique tarifaire, leurs horaires d’ouverture, leur professionnalisme impliquant les parents, une réponse adaptée à tous les besoins et moyens.

Pour l’école, tremplin de la République pour l’accès à la citoyenneté, il sera nécessaire de veiller à ce qu’elle donne bien à chacun dès le primaire, les 3 fondamentaux que sont la lecture, l’écriture et le calcul sans lesquels aucune réussite, donc intégration, n’est possible dans notre société. (l’absence des droits élémentaires conduisant souvent à refuser les devoirs et exiger d’autres droits). Cela passe, bien, sur par le développement du soutien scolaire et de l’aide aux devoirs. Cela exige aussi de l’éducation nationale la volonté et les moyens d’adapter la pédagogie au terrain et non l’inverse. Vaste programme ! ! !

Pour l’emploi : des structures d'accueil, d’accompagnement, de restructuration de requalification, de remotivation de l’individu sont les clés d’une citoyenneté à retrouver pour nombre de ceux qui l’ont perdue depuis longtemps.

Elle seront complétées par un réseau d’entreprises d’insertion et d'associations intermédiaires, ainsi que par une politique active et novatrice de génération d’emplois d’utilité sociale, impliquant nombre d’adultes et de jeunes dans le maintien du lien social de la cité (on rétablira la encore l’équilibre droit et devoirs).

Cette qualité de service public concerne bien d’autres domaines de la vie comme les transports, la Poste, les logements, la police, la justice,…sur lesquels le maire n’a pas toujours de compétence. Il est néanmoins celui qui doit veiller à ce que leur mode d’intervention bénéficie à tous.

Un transport routier sans sécurité par exemple finira par ne plus transporter d’une façon ou d’une autre. Les personnes dépendantes de ce mode de déplacement pour arriver à un emploi finiront par être privées d’un droit essentiel.

Le maire se doit alors de trouver un partenariat transporteur- habitant-ville qui favorisera l’adaptation et le maintien de ce service public. Ce fut le cas à Chanteloup dès 1992 (expérience des Messagers, puis Promevil) sur les bus, puis en 1993 sur les trains. Cela aura été l’une des expériences de professionnalisation des habitants permettant un équilibre droits-devoirs.

C’était un problème de sécurité dont le règlement s’est réalisé essentiellement sans police et justice.

Pourtant ces 2 institutions sont essentielles elles aussi pour l’accès à la citoyenneté.

Une police qui ne prend qu’une partie des plaintes, un parquet trop éloigné des réalités d’un quartier, ce sont les victimes qui se sentent abandonnées par les lois de la République et qui finissent par ne plus la reconnaître.

Ce sont des auteurs de délits qui finissent par faire régner leur loi sur le quartier, celle du plus fort.

Et là, les réunions en contrats locaux de sécurité sont symptomatiques des dysfonctionnements du système.

Lorsque les problèmes quotidiens de sécurité sont évoqués en CLS (Contrat Local de Sécurité) ou GTLD (Groupe de Traitement Local de la Délinquance), ces deux institutions ne cherchent pas obligatoirement à y apporter une solution par une adaptation de leurs procédures d’intervention ou un décloisonnement. Non, elles vont plutôt chercher à persuader les partenaires qu’il faut que le comportement des habitants (ceux qui sont citoyens) s’adapte aux procédures et que pour les autres (les non citoyens) comme disait un procureur à Chanteloup «la loi est faite pour des gens normaux, dans des lieux normaux". Je cois que cela résume notre problème et celui de la justice sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter.

 

Conclusion

Aussi, car il faut conclure, je dirai, après 25 ans de travail associatif ou municipal dans nos quartiers difficiles, que le plus grand mal dont nous souffrons est celui des dysfonctionnement et cloisonnement institutionnels. Donc du manque de cohérence de nos interventions pour les populations les plus en difficulté.

C’est ainsi qu'à la décrédibilisation de l’autorité parentale ou de l’adulte observable dans nos cités depuis 10 à 20 ans s’est superposé une décrédibilisation de l’autorité en général et de ce qui la représente.

Or il n’y a pas de citoyenneté possible sans une autorité acceptée avec des règles claires (équilibre droits-devoirs).

Cela passe par une éducation de la jeune génération au respect de la loi. Mais cela passe aussi par l’implication des adultes. Le pari éducatif sera gagné avec les parents qu’il faut prioritairement responsabiliser dans ce domaine, revaloriser, et donc accompagner dans la reconquête de leur autorité. Pour réussir ce projet, nos modes d’intervention institutionnels sur les familles devront être remis en cause afin qu’il y ait implication des adultes à chaque étape de l’action. Que ce soit donc pour la reconquête de l’autorité sur les quartiers ou dans les familles, on le voit tout passe par la responsabilisation des adultes d’un part et l’adaptation et le décloisonnement des institutions d’autre part.

Il n’y a donc sur ce terrain, me semble t-il, qu’un acteur qui puisse jouer un rôle essentiel, celui du chef d’orchestre d’une véritable politique de la ville, le Maire.

Alors, le développement de la citoyenneté passerait peut-être par le renforcement de son pouvoir de coordination ?

En attendant, l’élu local sera bien inspiré de jouer les imprécateurs, agitateur d’idées et empêcheur de tourner en rond de cuir.